
Service d'Informatique Médicale
Débats d'expert
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Référentiels terminologiques dans les SIH : bien plus qu'une simple grille de tarification
Le déploiement des systèmes d'information hospitaliers (SIH) est aujourd'hui au cœur des stratégies de modernisation du secteur de la santé. Au Maroc comme ailleurs, ces systèmes promettent une meilleure coordination des soins, une optimisation des ressources et une production de données utiles à la gouvernance sanitaire. Pourtant, un malentendu persiste, lourd de conséquences : la plupart des professionnels de santé et des décideurs réduisent les référentiels terminologiques — diagnostics, actes médico-chirurgicaux, médicaments — à de simples outils de tarification et de remboursement. Cette vision réductrice, particulièrement prégnante au Maroc, constitue un frein majeur à la pleine exploitation du potentiel des SIH.
Des briques fondamentales pour l'interopérabilité et la qualité des soins
Un SIH ne se limite pas à une collection de logiciels métier. Il repose sur une architecture dont le « composant Référentiels » est l'un des piliers essentiels. Ces référentiels — qu'il s'agisse de la Classification Internationale des Maladies (CIM) pour les diagnostics, de la Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM) ou de la Nomenclature Générale des Actes Professionnels (NGAP) pour les actes, ou encore de la SNOMED CT pour une terminologie clinique partagée — fournissent un langage commun, normalisé, permettant à tous les acteurs de se comprendre et d'échanger de l'information de manière fiable.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) rappelle que les classifications et terminologies de référence servent de standard mondial pour les données de santé, aussi bien pour la documentation clinique au point de soin que pour l'agrégation statistique. C'est sur ce substrat que reposent les systèmes d'intelligence artificielle et de traitement du langage naturel. Loin d'être accessoires, ces référentiels sont donc les garants de l'interopérabilité sémantique — c'est-à-dire la capacité des systèmes à échanger des données dont le sens est préservé et compris de manière identique par tous.
Au-delà de la tarification : des usages multiples et stratégiques
Si la NGAP — créée en France en 1972 — joue effectivement un rôle dans la fixation des tarifs et des bases de remboursement, cette fonction est loin d'être la seule. Une nomenclature des actes correctement utilisée dans un SIH permet bien davantage :
La production d'indicateurs d'activité et de performance
En codifiant de manière standardisée chaque acte réalisé, l'établissement peut produire des statistiques fiables sur son activité, mesurer les volumes, identifier les tendances et piloter son organisation. Sans cette codification, les données d'activité restent partielles, hétérogènes et inexploitables.
L'évaluation médico-économique
Pour comparer l'efficience de différentes stratégies de soins, il est impératif de pouvoir mesurer précisément les ressources consommées (actes, médicaments, durée de séjour) et de les relier aux résultats cliniques. Des données non standardisées rendent toute évaluation économique impossible.
La recherche clinique et épidémiologique
La constitution de bases de données homogènes, à partir des dossiers patients, est un prérequis pour la recherche. Les référentiels terminologiques permettent d'identifier des cohortes de patients, d'analyser des pratiques et de générer des connaissances nouvelles.
L'amélioration continue de la qualité et de la sécurité des soins
Un codage précis des diagnostics et des actes est indispensable pour le suivi des complications, l'analyse des événements indésirables et la mise en place de démarches d'amélioration de la qualité.
La perte d'information, conséquence directe d'une vision réductrice
Lorsque les référentiels sont perçus comme de simples grilles de tarification, leur utilisation dans les SIH se limite à la satisfaction des exigences comptables. Les professionnels de santé, souvent peu sensibilisés à leur intérêt clinique et managérial, les renseignent de manière parcellaire, voire les ignorent. Cette sous-utilisation a un coût considérable : c'est la perte d'information et de données fiables.
Chaque acte non codé, chaque diagnostic mal renseigné ou chaque médicament non documenté dans un référentiel standardisé est une information qui disparaît du système d'information. Cette perte n'est pas anodine. Elle prive l'établissement d'une vision claire de son activité, fausse les indicateurs de pilotage, entrave la recherche et compromet la qualité des soins. Comme le souligne un guide méthodologique, l'utilisation de codes standards est précisément ce qui permet de ne pas entraîner une perte d'information.
Le cas du Maroc : un symptôme d'une méconnaissance plus large
La problématique est particulièrement aiguë au Maroc. La nomenclature en vigueur pour les actes est la NGAP. Or, celle-ci est très souvent désignée, y compris dans des documents officiels, comme la « Tarification Générale des Actes Professionnels ». Ce glissement sémantique est extrêmement révélateur : il témoigne d'une conception où la nomenclature est avant tout un outil de fixation des prix, reléguant au second plan ses autres finalités.
Cette vision est un frein à la modernisation du système d'information sanitaire marocain. Elle limite la capacité des établissements à produire des données d'activité fiables, indispensables à un pilotage efficient. Elle empêche le développement d'une véritable évaluation médico-économique, pourtant cruciale dans un contexte de ressources contraintes. Elle prive enfin la communauté scientifique et les décideurs de données essentielles pour la recherche clinique et l'élaboration des politiques de santé.
Conclusion : un changement de paradigme nécessaire
Les référentiels terminologiques ne sont pas une contrainte administrative, mais un levier stratégique pour la performance et la qualité des soins. Les considérer comme de simples outils de tarification, c'est se priver de leur potentiel et condamner les SIH à n'être que des usines à factures, incapables de produire la connaissance nécessaire à leur amélioration.
Il est urgent, au Maroc comme ailleurs, de mener un travail de sensibilisation et de formation auprès de tous les acteurs — professionnels de santé, gestionnaires et décideurs — pour leur faire prendre conscience de l'enjeu que représentent ces référentiels. Leur intégration rigoureuse dans les SIH est la condition sine qua non pour une traduction fiable des activités de soin, une évaluation éclairée et une recherche clinique de qualité. C'est à ce prix que nos systèmes d'information pourront devenir de véritables outils au service d'une médecine plus performante, plus juste et plus humaine.